12 Dans Vie quotidienne

La nuit n’est jamais complète

Ce soir, je vais aborder un sujet difficile, triste, mais qui nous concerne tous, de près ou de loin. Il s’agit du deuil, de la mort, un sujet presque tabou, alors qu’il nous touche tous. Je pense que c’est important d’en parler et de témoigner, pour se sentir moins seul face à cette épreuve.

J’ai longtemps réfléchi à comment aborder le sujet, si ce n’est pas trop personnel, trop triste. Comment trouver les bons mots? Et puis je me suis dit qu’il n’y a pas que du beau dans nos vies, que tout n’est pas rose et qu’il y a aussi des moments difficiles, de souffrance et la mort fait partie de nos vies, alors pourquoi ne pas en parler?

J’écris cet article pour partager, ce qui est le but principal de mon blog, et ce soir j’ai besoin de partager avec vous ce sujet qui me touche beaucoup et ce deuil que je traverse au quotidien.

Avant de vous dire de ce qui m’aide à aller mieux, il me faut « poser le décor » et vous raconter un peu ce que je vis… Si vous le souhaitez, vous pouvez bien entendu passer directement au point « Ce qui m’a aidée à aller mieux ».


La nuit n’est jamais complète.
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l’affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte,
une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire,
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.

Paul Éluard


La mort & moi

Dans ma vie, j’ai déjà été confrontée à la mort de plusieurs personnes dans ma famille. A 6 ans, je perdais une cousine dans des circonstances tragiques. J’ai dû voir cette cousine seulement 3 fois dans ma vie mais cet enterrement m’a complètement bouleversée. Je me souviendrai toujours de la musique qu’ils avaient choisi de passer : Sinead O’Connor – Nothing compares to you. Aujourd’hui encore, j’ai les frissons lorsque j’entends cette chanson.

Ensuite, durant mon adolescence j’ai perdu mon grand-père, ma grande-tante, 2 autres cousines, mes chiens, mes chats, des animaux. Chaque fois, j’éprouvais beaucoup de tristesse, chaque fois je me disais « Mais pourquoi eux? C’est trop injuste ».

Il faut dire que la mort a frappé fort dans ma famille, souvent dans des circonstances tragiques (accidents, suicides, morts blanches). Juste avant ma naissance, mon père perdait son petit frère de 17 ans dans un accident de moto. Personne de ma famille ne s’est jamais remis de cette mort-là. Même si je n’ai jamais connu cet oncle, lorsqu’on parle de lui, aujourd’hui encore je sens une grande tristesse m’envahir. C’est étrange.

girl-grief

Crédit photo // Black Poplar


Le décès de ma grand-mère

Jusqu’à l’année passée, je n’avais jamais perdu quelqu’un de très proche. Mon coeur n’avait jamais été détruit. Il avait été blessé souvent, mais jamais détruit.

Au matin du 14 octobre 2014, j’apprends que ma grand-mère maternelle est décédée.

Je me souviens, j’étais hospitalisée. J’ai dit à l’infirmière que je devais partir sur-le-champ, prendre le train pour aller voir ma grand-mère. Elle m’avait regardée avec de gros yeux. Je me suis presque enfuie de l’hôpital…

Sur le quai de la gare avec un thé à la main, mon sac fait en 2 temps 3 mouvements et presque en pyjama, j’ai renversé du thé sur mon pull et j’ai souri, parce qu’on est très maladroites ma grand-mère et moi, un pull blanc ne résiste pas à notre maladresse 5 minutes.

Mon téléphone sonne et je reçois un SMS de ma mère qui disait « C’est fini ». J’ai maudit la technologie, ma mère de m’annoncer ça par SMS (vraiment une mauvaise idée, mais elle ne pouvait pas faire autrement), et j’ai failli balancer mon téléphone portable sur les rails de chemin de fer.

Et puis soudain, tout s’est évanoui autour de moi, le décor a pris une teinte de gris-noir, ma vue s’est brouillée, j’étais complètement prostrée, ça ne pouvait pas être vrai. Pas elle. Pas maintenant. Je ne sais pas comment j’ai fait pour prendre le train. Je ne me rappelle plus de rien.

A l’hôpital, les médecins nous ont expliqué qu’elle avait chuté en une nuit, ulcère, infection du sang, coma… Elle était entrée à l’hôpital pour une remise en forme à cause de sa polyarthrite. Elle n’est jamais ressortie….

Pour la suite, malgré le peu de forces que j’avais, j’ai participé à tout, c’est-à-dire que j’ai pu lui dire un dernier « au revoir », j’ai harcelé le croque-mort pour qu’on lui peigne les ongles en rouge, je lui ai écrit une lettre que le pasteur a lue durant l’enterrement (moi je ne tenais pas debout…), j’ai choisi les fleurs, écrit le faire-part de décès… etc. Toutes ces choses qui paraissent tellement irréelles sur le moment, mais qui sont très importantes pour la suite. Si je n’y avais pas participé, je crois que je serai dans un déni constant.

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Crédit photo // Oprah


Les étapes du deuil

Ensuite, je suis passée par les étapes suivantes :

– Le déni (Je vais sûrement me réveiller de ce cauchemar. J’irai la voir demain. )
– La colère (Pourquoi le monde ne s’arrête pas de tourner alors qu’elle est partie pour de bon? Comment le soleil ose-t’il encore se lever?), la peur aussi (Comment je vais faire sans elle? Qui j’appellerai quand il y aura un orage?)
– Le marchandage (Si je fais telle chose, elle reviendra?)
– La culpabilité (Je me déteste, pourquoi je n’étais pas là quand elle est partie?)
– La dépression (Mouchoirs Tempo = marchand de larmes. Au début, je pleurais tout le temps, pendant des heures, je n’arrivais plus à m’arrêter.)

Ce que je ne savais pas, c’est que ces étapes ne sont pas toujours linéaires lors d’un deuil. Avant, je pleurais aux enterrements et puis ensuite, je ne pleurais presque plus. Mais je n’étais pas autant proche des personnes perdues auparavant. Je réussissais à « faire mon deuil », parce que mon coeur n’était pas arraché. Cette expression n’a plus aucun sens pour moi aujourd’hui.

Pour ma grand-mère, aujourd’hui encore, je me retrouve souvent dans le déni. Je me réveille au beau milieu de la nuit et je me dis que c’est sûrement un mauvais rêve. Je compose son numéro de téléphone et j’écoute inlassablement la voix de robot qui répète que « ce raccordement n’est plus valable ».

La tristesse me prend par vague, elle me met à terre lors de mes « crises de deuil », comme je les appelle. La colère est forte aussi parfois, mais j’ai beaucoup de mal à l’évacuer.

Jamais je n’avais ressenti un si fort désespoir face à la mort de quelqu’un. Ma grand-mère était mon rayon de soleil et une 2ème mère pour moi. Elle représentait la sécurité, elle était là pour moi quand quelque chose n’allait pas. Jamais elle ne me jugeait. Elle me faisait rire. Elle était parfaite à mes yeux. En la perdant, j’ai perdu une partie de moi. C’est comme si on m’arrachait le coeur ou un membre. Ca faisait mal physiquement, comme si quelque chose était brisé à l’intérieur de moi. Je ressens encore son absence physiquement. Ses mains me manquent, sa voix me manque, toucher ses cheveux me manque…

C’est très dur à vivre au quotidien. Epuisant même.

Aujourd’hui, la tristesse est toujours très forte, mais disons que je ne m’effondre plus devant une salade de betterave rouge en pensant à elle. Ca fait toujours aussi mal, mais j’arrive mieux à le cacher…

deuil

Crédit image // Photogrief


Ce qui m’a aidée à aller mieux

Quand je repense à ces 9 derniers mois passés sans elle, je réalise que même si elle me manque terriblement, je vais un peu mieux. Certaines choses m’ont aidées et j’ai envie de les partager avec vous.

1) Ecrire à la personne décédée

J’ai des tonnes de lettres que j’ai écrites à ma grand-mère, après son décès. J’ai même un carnet consacré uniquement à ces lettres. Quand j’ai envie de lui parler, je lui écris. J’écris tout ce que j’ai envie de lui dire, tout ce que j’ai sur le coeur. Les pages gondolent parce que je pleure dessus (je vous conseille d’écrire au crayon du coup), mais c’est très libérateur. C’est ma façon de pouvoir lui parler et d’exprimer ce que je ressens par écrit.

2) Ces objets qui lui appartenaient

Ma grand-mère m’a toujours dit qu’elle me donnerait son collier, sorte de médaillon en or façon pièce de monnaie Vrenli, qu’elle portait toujours à son cou. Ce collier m’a donc été remis après son décès ainsi que la couverture en patchwork qui a 30 ans d’âge, de coussins qu’elle avait cousus, d’une poupée de porcelaine etc. Au début, je me blottissais dans la couverture, je portais le collier tout le temps sur moi, je serrais fort le cadre avec sa photo. Mais je me trouvais indigne d’avoir ces objets. Je pensais que je n’avais pas le droit de les avoir, qu’il fallait absolument que je les lui rendent rapidement.

Et puis je réalise maintenant que ces objets me font du bien. Je suis contente d’avoir cette couverture, de pouvoir en prendre soin. Je suis contente que le collier soit en sécurité chez moi, dans une petite boîte sur ma table de nuit. J’en ai besoin quand j’ai trop besoin d’elle. Ce ne sont que des objets, mais c’est tout ce qui reste d’elle…

3) La musique triste

Une psy m’a dit un jour qu’il faut parfois se forcer à écouter de la musique joyeuse lorsqu’on est triste et que cela aide à désamorcer la tristesse. Personnellement, je n’y arrive pas. Il y a un temps pour tout j’imagine.

Donc j’écoute des chansons tristes, parce qu’elles me prouvent que je ne suis pas seule, que quelqu’un a pris sa plume pour écrire une chanson afin de partager sa peine avec les autres.

Ecouter ces chansons me fait pleurer, mais parfois j’ai besoin de pleurer, de faire sortir toute cette tristesse en moi.

Voici la playlist des chansons que j’écoute :

Wish you were here – Pink Floyd
Prayer un C – Lily Wood & the pricks
Mad world – Gary Jules
With or without you – U2
Nos absents – Grand corps malade
Dust in the wind – Kansas
I’ll see you again – Westlife
Here without you – 3 doors down
Only time – Enya
Sailing – Rod Stewart
Everything i own – Bread

4) Mes crayons pleurent

oeil

A partir du jour où j’ai appris le décès de ma grand-mère, pendant des mois je n’arrivais plus à dessiner en couleur. C’était impossible. Sur mes cahiers, se dessinaient mes émotions, en noir et blanc: des yeux qui pleurent, des oiseaux morts, des trucs morbides…

Pas très joyeux tout ça, mais je pense que c’est ce qui m’a le plus aidée. Je n’arrivais pas à exprimer ce que je ressentais avec des mots, c’était trop fort, alors mes crayons parlaient pour moi. Quand quelqu’un me demandait comment je me sentais, je lui tendais un dessin.

Au fil du temps, les oiseaux ont repris vie doucement, d’abord en noir et blanc et puis en couleur. C’est encore difficile de les mettre en couleur aujourd’hui, mais j’y arrive petit à petit (ma grand-mère adorait les oiseaux).

5) Les mots qui apaisent les maux

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Parmi tous les livres que j’ai lu concernant le deuil, il y en a un qui m’a particulièrement touchée. Il s’agit du livre « Le Deuil… à traverser », un ouvrage collectif, écrit par des auteurs qui ont chacun une expertise concernant le deuil.

Dans ce livre, chaque auteur aborde le deuil selon son point de vue et par différents axes: philosophique, théorique, métaphorique.

Voici les 4 contributions des auteurs :

– Traverser le deuil ou l’art du vivre « avec »
Alexandre Jollien, philosophe et parrain de l’Espace Pallium

– Le temps du deuil
Rosette Poletti, présidente de l’association Vivre son deuil

– Les sept chaînes
Alix Noble Burnand, conteuse et thanatologue

– La Métaphore, un regard différent?
Christine Burki, directrice de l’Espace Pallium

Les illustrations sont très belles. Le conte d’Alix Noble est magnifique et je le relis souvent. Je vous conseille ce livre si vous aussi vous traversez un deuil.

6) J’épingle, tu épingles… Pinterest et le deuil

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Les réseaux sociaux sont parfois un refuge. Celui qui m’a apporté un peu de réconfort est Pinterest. J’ai créé un tableau « Grief » (deuil en anglais), sorte de recueil de pensées et de citations en rapport avec le deuil. De nouveau, comme pour la musique, toutes ces « épingles » me montrent que je ne suis pas seule, que d’autres aussi sont passés par là, chacun à sa manière, chacun à son rythme. Et ça me réchauffe le coeur.

Vous pouvez accéder à mon tableau en cliquant ci-dessous:

Abonnez-vous au tableau Grief de Chloé sur Pinterest.

canyou

Et bien sûr, je ne les ai pas cités mais il est très important de pouvoir parler avec ses proches, de prendre soin de soi, d’être entourée des gens qui comprennent, de pouvoir parler de la personne décédée librement… etc.

Et vous, avez-vous déjà été confronté à la mort d’un proche? Qu’est-ce qui vous a aidé à aller mieux?

deuil

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12 commentaires

  • Répondre
    Emilie
    23 juillet 2015 22:44 at 22 h 44 min

    Merci pour cet article si juste. C’est parfois un peu tabou de parler de ses sentiments vis à vis du deuil alors qu’en fait, en parler permet de désamorcer les choses et de réaliser que les gens sont capables de comprendre. J’ai perdu ma maman il y a 3 ans du cancer. J’ai pas l’impression d’avoir entamé mon deuil juste après car j’ai rapidement pris en main le moral de mon papa, dévasté par la situation. Au final, même si je n’ai plus systématique les larmes aux yeux ou la boule dans la gorge en pensant à elle, je sais que je n’ai pas fini de gérer mon deuil et je ne suis pas sûre qu’on puisse considérer que les choses sont vraiment « derrière nous » quand on perd des proches aussi important (maman, mamie,…) même au bout de plusieurs années. L’idée de lui écrire sur un carnet est une très bonne idée, merci 🙂 et je te rejoins tout à fait sur le besoin d’écouter des musiques tristes, étrangement elles ont l’effet inverse et apaisent quand ça ne va pas. Courage à toi, merci et bonne soirée. Bises

    • Répondre
      Zygomatics
      24 juillet 2015 12:03 at 12 h 03 min

      Merci à toi Emilie d’être passée par ici. Tout à fait, en parler permet d’avancer. J’espère que ton papa va mieux et que tu prends bien soin de toi aussi 😉 Effectivement, je pense que le deuil d’une personne proche ne se fait pas réellement, on le porte toujours comme une croix sur nos épaules…
      Je suis contente si je t’ai donné l’envie d’écrire, car c’est vraiment une chose qui m’aide beaucoup.
      Bon courage à toi également <3 Bisous

  • Répondre
    Adeline.R
    23 juillet 2015 23:42 at 23 h 42 min

    Comment dire. J’ai l’impression de vivre chaque moment dont tu parles.
    La mort on y sera tous confronté, perdre des êtres chère aussi.. Malheureusement c’est le destin comme « ils disent ».
    J’ai perdu mon grand-père il y a 5 ans maintenant et mon frère il y a 2 ans.. Et malgré le temps qui passe .. Je crois que je n’arriverai jamais à m’en remettre. Comme si j’avançais avec une jambe et un bras en moins mais qu’autour de ça plus rien d’autre ne m’atteint.
    Moi ce qui m’aide à aller mieux c’est de me dire qu’ils sont là. Là sans être là mais ils me protègent, me regarde, m’écoute.. Oui c’est vrai c’est un peu bisard mais ma foi il faut rester debout et les rendres fière nos petits anges.

    Super ton article, petite larme à l’œil. Courage à toi

    • Répondre
      Zygomatics
      24 juillet 2015 12:10 at 12 h 10 min

      Ces gens qui disent que « c’est le destin », j’ai remarqué que ce sont souvent des gens qui n’ont pas dû affronter la mort d’un proche. C’est comme les gens qui me sortent des horreurs du genre « oh mais tu sais, elle était vieille bla bla bla », comme pour excuser sa mort…

      Comme toi, j’essaie de me dire que ma grand-mère est là, près de moi (des fois, je ressens une présence sur mon épaule droite…), mais il a une part de moi qui n’arrive pas à y croire et qui a peut-être peur d’y croire? Je navigue entre « je suis sûre que c’est elle » et « mais non, c’est sûrement dans ma tête… ».

      Courage à toi aussi <3
      Merci beaucoup,
      Bisous

  • Répondre
    Camomille
    24 juillet 2015 11:36 at 11 h 36 min

    Je comprends tout ce que tu ressens. J’ai pas envie de raconter des choses trop personnelles sur le web, mais je voulais quand même te laisser un mot pour te dire courage, et merci pour cet article plein de mots justes.

    • Répondre
      Zygomatics
      24 juillet 2015 12:13 at 12 h 13 min

      Merci, ça me touche beaucoup <3<3 Je suis contente que mon article te parle et sonne « juste ».

  • Répondre
    Violette Factory.com
    24 juillet 2015 14:19 at 14 h 19 min

    Ton article m’a bouleversée Chloé. Tes mots sont justes et ton histoire fait écho en moi. Je ne sais pas si j’aurais un jour la force d’en parler sur le blog (ma petite bulle d’évasion). J’ai perdu mes parents et ma grand mère sur une période de deux ans. Autant dire que j’ai tout perdu. Les étapes du deuil, la dépression, j’en ai traversé douloureusement toutes les étapes. Aujourd’hui encore, j’ai des périodes noires. Je ne suis plus la même, je ne le serai plus jamais. Une partie de moi est partie avec eux. Ce qui m’a aidé? Celui qui est devenu mon mari peu avant ces drames ( un mariage express, chez mes parents, mon père étant déjà malade ) Je me suis raccrochée à cette journée parfaite des centaines de fois, quand j’allais mal. Je me dis que j’ai bien fait d’écouter ce je ne sais quoi qui nous a poussé à précipiter les choses. Et puis l’écriture. Comme toi, j’ai écris, tous les jours à ma mère comme si je l’appelais au téléphone. Pendant longtemps la sonnerie du téléphone, à une heure où elle avait l’habitude de m’appeler, me mettait dans un état d’angoisse tel que j’étais incapable de décrocher! Je comprends tout à fait ce que tu ressens et ce que tu nous dis. Bravo pour cet article très touchant et je te souhaite plein de courage pour la suite.
    A bientôt, bises, Nath

  • Répondre
    Ronia
    25 juillet 2015 9:20 at 9 h 20 min

    Ton article m’a beaucoup touché. J’ai perdu la personne qui m’est le plus cher dans l’année de mes 8 ans, Papa. Après un cancer contre lequel il s’est battu sans relâche pendant presque 3 ans, il est parti aux lendemains du 6e anniversaire de ma petite sœur. La personne à qui je tiens le plus aujourd’hui.
    Papa, c’était tout pour moi. Et je pèse mes mots. J’ai été ce qu’on appelle « la fille de son père » pendant mes huit premières années. Et autant que je puisse aimer ma mère, je me suis retrouvée « orpheline » avant qu’il soit temps.
    J’ai traversé les obsèques stoïquement, et mon deuil s’est fait en silence… Dans un premier temps. Ma mère est du milieu psy (heureusement pas une « psychologue ») et elle nous a bien « préparées » ma sœur et moi. Et surtout, elle nous a fait vivre une enfance parfaite, sans rien changer au quotidien : la ferme, les chevaux, les animaux, les copains. À ses dépends, je m’en rend compte maintenant.
    J’étais petite, mais j’ai tout de suite sentie que j’étais celle qui prendrais sa place. La place de Papa. Alors j’ai pris ma sœur sous l’aile, et j’ai grandi avec une unique obsession : protéger maman. Les règles étaient simples… Elle ne devait pas avoir à se faire de soucis, ni avoir à s’occuper de moi ni de Miriam. Alors en une nuit, j’ai pris 10 ans. Et je me suis enfermée dans ce moule de « petite fille parfaite ». Ma sœur m’a suivie. Élèves exemplaires, cavalières de talent, matures, souriantes, ambitieuses, irréprochables. La semaine après les obsèques, juin 2001, je suis revenue à la maison avec un 20/20. Rien n’avait changé, maman tu n’as pas à t’inquiéter. Nous avons grandi. Le brevet, le BAC, les études supérieures. Et puis, doucement, au fil du temps les choses enterrées sont venues toquer à la porte de mon conscient. Comme ramenées à la lumière par mon inconscient. Une première dépression, vite ignorée et mise sous le tapis lorsque j’ai vu que maman commençait à s’en inquiéter. Tout va bien, le virage était reparti. Mais je me souviens des larmes versées, par milliers. Pour Papa, parce que « j’en peux plus d’être sans toi ». Je me souviens petite, ne jamais dire que Papa était décédé, aux gens qui ne me connaissaient pas je racontait toujours qu’il était apiculteur. Et vivant. Jusqu’au BAC, j’ai caché son décès aux étrangers. Avant le BAC j’ai commencé à sentir les choses inconscientes remonter. Et puis c’est passé. Je suis restée parfaite. Jusqu’à cette année. 2014 – BAC+2 validée avec félicitations du Jury, depuis 2001 aucune année de redoublée, aucun trimestre sans les félicitations, aucun échec. J’ai foncé, parfaite. Après ce dernier diplôme, je pars. Je fuis sans m’en rendre compte. Je pars, pour un an à l’étranger. Après 4 mois, je reviens pour l’anniversaire de maman. Le bilan est plutôt alarmant. J’ai perdu 10 kilos – sans y avoir fait attention ! – je suis fatiguée et moralement plutôt vacillante. Mais je continue, tous sourires à rassurer le monde entier. Et on me croit, ou presque. De retour à 1000 kilomètres de la maison de Papa, Maman, de ma maison, les choses se gâtent. Et je pers le contrôle. Je tombe malade sans cesse, j’alterne entre crises boulimiques et semblant d’anorexie (que je nie). Les fêtes de Noël se passent dans les larmes, le mal-être et la boulimie sans relâche. Je pleure, tous les jours, toutes les nuits. Tout haut je dis que je ne sais pas pourquoi, intérieurement j’appelle Papa à mon secours : pourquoi tu n’est pas là?
    Nous sommes alors à l’aube de mes partiels de premier semestre à l’étranger. J’y retourne 15 jours, pour rendre copie blanche à chacune de mes épreuves. Et je pars en vacances, loin. Je me retrouve avec des amis qui ont connu Papa. Les amis qui sont le plus cher pour moi. Je me retrouve dans le cœur du Sahara avec des bédouins dont la philosophie me rappelle… Papa. C’est là que je prends conscience que mon deuil n’a jamais eu lieu. Que pendant 15 ans, j’ai vécu dans le dénit et dans l’ignorance de ma tristesse. Parce qu’il n’y a pas eu de place dans le quotidien pour mon deuil. Je retrouve la maison familiale, et au fond de ma dépression cette fois-ci je lâche les armes. Au diable la fille parfaite, j’arrête. J’arrête (pour un temps) les études, les mensonges, faux-semblants. Maman, j’ai besoin d’aide. Entre Papa, puis le suicide d’une amie, l’accident d’un ami, le décès de mon parrain, mon grand père et de mon oncle. Les 5 sans prévenir. Je ne tiens plus, j’ai besoin de parler, de me retrouver. Me retrouver avec moi et avec eux.
    Aujourd’hui, ça fait 6 mois. Brique après brique je me reconstruit. J’ai des ambitions qui renaissent, une boulimie qui régresse… Un peu. J’ai repris tout le poids perdu, même un peu plus (ce qui me rend un peu triste, mais ça va se régler !). Je pense tous les jours à Papa, je suis devenue honnête avec moi-même et avec tout le monde. Accompagnée, j’apprends non pas à faire le deuil car je ne pense pas qu’on puisse tourner la page. Mais j’apprends à vivre et avancer vers le futur avec mon absent. Sans laisser mes pensées dans un passé sans avenir. C’est long, je ne compte plus les nuits sans sommeil, les larmes, crises hyperphagiques et j’en passe. Mais je me rend compte que je reviens de loin.

    Un récit à cœur ouvert, qui fait du bien. Parce que c’est ça qui m’a le plus aider : écrire, écrire, écrire et en parler. J’ai eu si peur de l’oublier Papa. Mais j’ai compris qu’ecrire et parler laissaient plus de traces et de souvenirs que les simples pensées. Courage, il n’y a pas de mots. Mon meilleur ami me dit toujours « je ne sais pas si je dois et comment en parler ». Ma réponse est qu’il n’y a rien de pire que de pas en parler, alors peut importe les mots… Tant qu’on en parle !
    Ronia

  • Répondre
    oheyumi
    26 juillet 2015 17:54 at 17 h 54 min

    Cet article est tellement humain, ça fait un bien fou de lire ce genre de choses. Oui je sais, ça paraît bizarre, mais j’ai moi même perdu ma grand-mère, il y a de ça bien longtemps. J’étais très proche d’elle, et j’ai eu tellement de mal à accepter le fait qu’elle soit partie, encore aujourd’hui, c’est d’ailleurs pour ça que je la porte en tattoo sur mon bras droit. C’est très symbolique pour moi, c’était une évidence que je le fasse un jour. J’ai perdu d’autres personnes qui m’étaient très cher aussi, mais tout ça pour te dire, que le fait de parler de ta grand-mère m’a encore plus touché, je me retrouve tellement dans ton article… Je te souhaite du courage, et à ta famille aussi ♥

  • Répondre
    Candy-floss
    23 septembre 2015 2:56 at 2 h 56 min

    J’ai pleuré en lisant ton article. Ma mamie est morte cette année en février. Je suis encore dans le déni je dirais même si parfois j’oublie et ça revient. Avant j’avais l’impression que c’était un cauchemar, ça ne pouvait pas être possible être vrai.
    Elle avait déménagé dans le sud et je n’ai jamais pu descendre la voir. Ma mamie avait l’habitude de dire « qu’elle n’était pas éternelle » mais je n’aurais jamais cru que ça serait si tôt… Enfin 77 ans malgré tout.
    Moi aussi j’ai ressenti pareil que ce que tu décris. Ma mamie avait beau parfois être un peu agaçante je lui ressemblais assez, puis elle était gentille avec tout le monde et jamais dans le jugement. Je l’admire pour ça. Les gens l’aimaient tous beaucoup.
    Le sentiment qui m’a envahi aussi c’était une sorte de.. J’arrive pas à mettre un mot dessus. Ma grande mère c’était vraiment tout pour ma mère son premier amour, la femme de sa vie. Quand elle est décédée je me sentais triste mais encore plus pour ma mère car je ne savais pas comment combler le vide que j’avais l’impression que ça avait créé dans son coeur. Pas longtemps après elle a fait un nouveau problème cardiaque mais ce n’était pas son heure dieu merci! Mais je ne sais pas. J’ai toujours en tête que sans ma mamie elle doit se sentir seule. Elle se cachait pour pleurer… Je ne sais pas si elle le fait encore. Parfois on a envie d’appeler ma grand-mère et on repense à elle puis on se souvient. Je pense qu’on ne guéri jamais totalement d’un être cher. Mais la plus belle chose qu’ils nous laisse ce sont les souvenirs. Je suis heureuse de l’avoir rencontrer et d’avoir vécu tant de souvenirs avec elle. Je suis persuadée qu’elle veuille sur nous et qu’elle envoie des signes 🙂 (du soleil alors qu’il devait pleuvoir, des élans de confiance,…)
    La tristesse sera toujours là mais il faut surtout chérir ces moments heureux. Repense à certains fous rires que tu as eu avec elle tu verras ça fait du bien 🙂
    Plein de bisous et du courage!

    Mily

  • Répondre
    Mony
    14 novembre 2015 8:16 at 8 h 16 min

    Je vais mettre ce joli dessin en photo de profil. ( me prévenir si cela dérange).. Je cite ce blog, merci

    • Répondre
      Mony
      14 novembre 2015 20:08 at 20 h 08 min

      Il me parle tant ce dessin… c’est tout à fait ma détresse de ce soir, de ce jour….

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